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Lors de sa première conférence de presse en tant que Président des États-Unis d’Amérique, Barack Obama affirmait en Février 2009 que « les démocraties les plus fortes fleurissent de débats fréquents et animés, mais elles perdurent quand les gens de toutes les origines et croyances trouvent un moyen de mettre de côté les petites différences au service d'un plus grand but. »

Or, nous sommes de plus en plus nombreux à le constater, voire à nous en indigner : beaucoup de députés guinéens ne sont pas, ou plus prudemment, semblent ne pas être à la hauteur de leur tâche sur les débats constructifs qui sont pourtant indispensables à la réussite de leur noble mandat de représentant du peuple.

En fait, comme le prouve la couverture médiatique des débats parlementaires en Guinée, entre les députés de la mouvance et ceux de l’opposition, les invectives et menaces d’en découdre sont devenues si récurrentes qu’elles tendent à ne plus relever de cas sporadiques, mais plutôt d’une déplorable habitude. S’il est alors vrai que les règles de base du débat parlementaire supposent un échange d’idées et le fait de ne guère interrompre une prise de parole dûment octroyée, le chemin à parcourir par de nombreux députés (heureusement pas tous) est encore long.

Vient spontanément à l’esprit la « mini-crise » déclenchée le 4 Juillet 2016 à l’Assemblée nationale par les propos du député Jean Marc Telliano. Rappel du contexte : réagissant au discours du ministre de la Justice Check Sakho dans lequel ce dernier accuse au passage les députés de l’opposition de violation répétée de la Loi, Jean Marc Tellian, membre du groupe libéral-démocrate (opposition), postulait qu’« en Guinée, le premier à violer cette Loi, c’est le Président de la République. »

Il n’en a pas fallu davantage pour dépiter certains députés de la mouvance qui, sur fond d’invectives fusant de part et d’autre, ont exigé que le chef du Rassemblement pour le Développement Intégré de la Guinée (RDIG) « retire [ses] mots ».

Et la suite est largement connue puisqu’elle avait fait le tour du monde via les réseaux sociaux notamment : le député Telliano finira par céder aux pressions conjuguées de ses collègues de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) ainsi que de la mouvance présidentielle pour « retirer ses mots ».

Le décor planté, la remarque citoyenne qui s’impose est claire : trouver que le point de vue de Jean-Marc Telliano sur la violation de la Loi en Guinée par le Président de la République est « discutable » ou « non-fondé » est une chose à laquelle nous pouvions logiquement nous attendre, surtout de la part des députes de la mouvance, mais couper la parole à un élu du peuple à coups d’injures et/ou de menaces tout simplement parce que l’on n’est pas d’accord avec son avis est une autre chose qui déshonore  nos  députés qui se veulent honorables. 

Qui sait, peut-être que le député au cœur de la polémique aurait éventuellement, et sans contrainte, changé de point de vue si on lui avait un tant soit peu opposé des arguments solides plutôt que de gros mots et des menaces d’en venir aux mains ?

Sinon, à quoi servirait d’ailleurs notre Assemblée nationale.si ce n’est, non seulement de permettre aux députés de voter les lois qui régissent notre vivre-ensemble, mais aussi de leur permettre de contrôler les actions du gouvernement, y compris en se prononçant (pour ou contre) sur le leadership du Président de la République ?

Montesquieu ne disait pas autre chose avec sa célèbre formule : « pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. »

Au fond donc, que l’on soit partisan du pouvoir, de l’opposition ou un indiffèrent aux deux camps, l’on devrait, ne serait-ce qu’à titre de citoyen guinéen, être préoccupé, du moins concerné, par la récurrence du désordre au niveau du Parlement de notre pays. D’ailleurs, savoir débattre dans les règles de l’art, sans injures ni menaces : n’est-ce pas le b.a.-bas de la fonction de député ?

Par ailleurs, nous entendons déjà d’autres voix qui affirment, non sans raison, que des dérapages (verbaux, physiques, etc.) se produisent dans toutes les Assemblées nationales, partout dans le monde, y compris dans les vieilles démocraties occidentales. 

Certes, mais lorsque ces anomalies deviennent monnaies courantes, cela constitue, plus qu’une crise, un réel danger pour la démocratie. Entendons-nous bien sur ce point : nul n’étant parfait, il serait aussi utopique de vouloir prévenir ou empêcher toute sorte de dérapage de la part de nos députés, mais ceux-ci peuvent progresser sur le sujet. Un adage populaire nous enseigne que c’est « petit à petit [que] l’oiseau fait son nid. »

Que dire de plus si ce n’est que nos députés devraient, autant que faire se peut, privilégier la force de l’argumentation à l’argument de la force. Ce qui n’est certes pas toujours facile, mais qui est d’autant primordial, voire urgent, pour tout État fragile. Fragilité étatique qui, dans le cas guinéen, tend à s’aggraver selon les résultats de la dernière enquête réalisée par Les Fonds pour la Paix (Funds for Peace), une organisation de recherche et d’éducation à but non lucratif qui travaille pour prévenir les conflits violents et promouvoir la sécurité durable.

Ousmane Diallo

Ottawa, Canada

Source : http://guineenews.org/guinee-pour-des-debats-constructifs-a-lassemblee-nationale/