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September 1, 2010suite
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Interview grand format: Zayatte Kamil

''Ce que je reproche aux autres, (NDLR les joueurs guinéens) c’est que, s’ils arrivent dans un club, c’est vrai qu’il y a aussi une question de chance mais..., et qu'ils gagnent par exemple 10.000 euros alors pour eux c’est suffisant. Ils ne fournissent plus d’effort pour aller encore de l’avant.'' dixit Zayatte Kamil.

NDLR : Guineefoot a interviewé en exclusivité l'international guinéen, Zayatte Kamil. Le joueur de Hull City nous parle de ses débuts dans le football, ses moments difficiles au Club Africain de Tunis, ses débuts en France à l'Athlétique club Boulogne Billancourt, son manque de temps de jeu à Lens, sa brillante saison avec les Young Boys de Berne en Suisse et de son actuel club. Nous avons abordé aussi avec l'impressionnant défenseur du Syli national plusieurs autres thèmes importants. Zayatte Kamil exprime notamment ses idées sur les réels problèmes du football guinéen, le profile du nouveau coach qui sera nommé, ses ambitions personnelles et bien d'autres sujets.

Quand est ce que tu t’es rendu compte pour la première fois que tu étais prédestiné à être footballeur professionnel?

K.Z : Au début je n’ai pas trop pensé à être footballeur professionnel. Je jouais dans le quartier et un ami de la famille nommé Aboubacar Camara qui jouais en Tunisie à l’époque s’est intéressé à moi. Les gens du quartier qui me voyaient jouer étaient eux plutôt persuadé que j’avais de l’avenir dans le foot. C'est ainsi que mon grand frère a décidé de m'envoyer en Europe pour tenter ma chance. Quand Aboubacar Camara venait me voir jouer, il se mettait dans un coin pour m'observer sans que je ne sois au courant. Un jour on a discuté et il m’a dit qu’il était possible d’aller faire un essai. C’est de là que tout est parti. Il est venu à la maison discuter avec mes parents. Au début mon papa n’était pas tout à fait d’accord. Avec le soutien de ma mère et de mes sœurs il a fini par accepter.

A quoi ressemblait l’école de foot version Kamil Zayatte?

K.Z : Moi l’école du foot c’était le foot de quartier comme tous les jeunes guinéens et surtout de Conakry. Mon père étant un enseignant, l’école était plus importante. La matin je faisais semblant d’aller à l’école et vers 11 heures je quittais l’école pour aller au terrain qui était juste à coté. Ce que je faisais, je retournais ma tenue pour éviter que ca se salisse et après le match je remettais ma tenue correctement pour éviter que je me fasse crier par mes parents. C’était des journées comme tout les jeunes guinéens très passionnés de foot et je pense que beaucoup de guinéens sont passés par là. Je garde un bon souvenir malgré que les infrastructures n’étaient pas là. Cela m’a beaucoup aidé et m’a ouvert de très bonnes perspectives.

Quel est le premier match du Syli auquel tu as assisté?

K.Z : Je n’ai jamais été voir un match du Syli en Guinée. Je n’avais jamais mis les pieds au stade jusqu’au jour où moi-même j’ai été convoqué par Patrice Neveu pour jouer contre l’Algérie. Avant j’étais encore très jeune et puis à la maison mes parents étaient strictes, soit tu es à la maison soit tu es à l’école. J’ai un grand frère qui avait plus de liberté que moi. Il allait au stade et à chaque fois je lui demandais de m'y envoyer, il refusait. Il ne voulait pas prendre le risque de m’emmener avec lui

Quel a été le joueur du Syli qui t’a le plus impressionné?

K.Z : C’est Pascal Feindouno. Son jeu, sa technique, il peut faire gagner une équipe à tout moment s’il veut. Pour moi quand il jouait en France il n y avait pas mieux que lui dans le championnat. Il a marqué un petit peu ma jeunesse. Quand il jouait aux Girondins de Bonfi je profitais pour aller regarder ses matchs. J’étais souvent avec un ami et on était émerveillé en le voyant jouer. Même sur ces terrains difficiles, ça se voyait qu’il était plus à l’aise que les autres.

Quel a été ton parcours jusque là?

K.Z : J’ai très tôt quitté la Guinée. Je n’ai pas joué dans une équipe en guinée. Mon premier club a été le Club Africain de Tunis. J’ai fais un an là-bas, ça ne s’est pas bien passé. C’était surtout dû au fait que le traitement dont je bénéficiais ne me convenais pas. Si tu jouais, tu était payé et si tu ne jouais pas, tu n’était pas payé. A chaque fois qu’on perdais un match, la faute était imputée aux étrangers puisqu’on était nombreux. Parmi nous il y avait aussi beaucoup de guinéens. Cette période a été très dure, mais cela m’a rendu fort dans la tête. A un moment donné, je voulais rentrer en Guinée. Mais c’est à ce moment là que mon frère m’a aidé. Je me suis retrouvé en France. Je suis resté chez un ami de la famille, Mr Ali Kaba. J’ai aussitôt commencé à jouer à l’ACBB (Athlétique Club Boulogne Billancourt) en moins de 18 ans. Je jouais devant, mais on perdais tout nos matchs car on prenais trop de buts derrière. Un jour, l’entraineur m’a appelé et m’a demandé si je pouvais jouer derrière tout en précisant que ce n’était pas parce que je ne rapportais pas grand-chose devant. Pendant mon premier match à ce poste, on a gagné un but 1 à zéro. Par la suite, j’ai fais six mois à ce poste et j’ai eu des propositions de plusieurs club en ligue 1 et même á l’étranger. J’étais sur le point de signer avec Sedan mais finalement c’est à Lens que je suis parti. A Lens j’ai passé d’aspirant à pro mais je ne jouais pas en équipe A. Vu que je ne jouais pas, j’ai demandé a partir. Au début ils ne voulaient pas parce que j’étais le troisième défenseur, au cas où l'un des deux défenseurs se blessait on devait compter sur moi. En décembre, Lens a quand même prit un autre défenseur et c’est là que j’ai décidé de partir. Je suis parti en Suisse (NDLR : Young Boys de Berne). Au début beaucoup m’ont déconseillé d’aller en Suisse puisque le championnat n’était pas aussi performant, je risquais de ne pas évoluer. Je n’ai pas écouté parce que j’avais confiance en moi et en mes qualités, je voulais absolument jouer. Je me suis bien intégré et j’ai passé une très bonne saison devenant par la suite l’un des meilleurs défenseurs du championnat hélvétique. Par la suite j’ai eu diverses propositions de clubs, notamment Anglais et Allemand. Vu mon jeu et mes ambitions j’ai préféré aller en Angleterre. J’ai fais un stage de 4 jours à Everton. A l’issue du stage j’ai vu David Moyes (NDLR : le coach de Everton) qui était très satisfait et voulais discuter avec l’agent pour me faire signer. Il y a eu malentendu entre l’agent et le club et ce dernier a décidé de se retirer. David Moyes m’a recommandé à l’entraineur de Newcastle mais juste avant qu’il y est du concret celui-ci a été limogé. C’est ainsi que finalement on est allé à Hull où j’ai rencontré le président et le coach. Finalement, j’ai signe un prêt d’un an avec option d'achat. J’ai intégré le groupe et j’ai vite commencé à jouer. Mon premier match a été contre Tottenham où je suis rentré en cours de jeux.

©: Quel est ta vision du football guinéen actuellement?

K.Z : Vu que l’équipe nationale a été dissoute, je n’ai pas de nouvelles. Mais si on veut faire quelque chose dans ce domaine pour les années à venir c’est maintenant qu’il faut commencer. J’ai vu qu’on a fait le tirage au sort et qu’on est dans le même groupe que le Nigeria. Si on a un bon entraineur européen qui reste au dessus des joueurs qui inspire le respect, qui est là pour le long terme et pas comme on a fait récemment, on a de réelles chances. On pourra bâtir une équipe solide conquérante.

©: Comment se porte le football guinéen en général?

K.Z : Matériellement il n y a rien en Guinée actuellement pour faire un bon championnat. Chez moi ici, j’arrive à suivre les différents championnats de la plupart des pays voisins, mais je n’ai jamais vu quelque chose sur la Guinée. Dans tous ces pays, il y a au moins deux terrains synthétiques. C’est vrai que ca coûte cher, mais ce sont des terrains qui peuvent exister au moins 10 à 15 ans. Si un jour on arrive à s’équiper de ce genre d'infrastructures, alors je suis sur que le football guinéen sortira de l’obscurité. A ma connaissance, la Guinée est le seul pays dans la sous-région qui prétend être parmi les grandes Nations de foot sans un centre de formation. Il n y a pas d’académie de foot en Guinée. Les dirigeants, on ne sait pas ce qu’ils font. Si les dirigeants veulent sortir le football de l’obscurité, il faut commencer par les bases. Il faut avoir des centres de formation, il faut relever le niveau du championnat national. La ligue 1 en Guinée, c’est comme des matchs de quartier, les stades sont vides. Toutes nos équipes se font humiliées en compétitions africaines. Il faut que cela s’arrête. Le sport peut apporter beaucoup de choses au pays. Si aujourd’hui, la Guinée arrivait a remporté par exemple la CAN, cela n’enlèvera pas la galère aux populations, mais pour un petit moment, tous les guinéens seraient au paradis terrestre. Il n y a pas plus passionnés de foot que les guinéens. Nous avons vécus des moments très difficile mais le public a toujours été là alors que l’équipe nationale les décevait. Le public veut voir une équipe conquérante, des joueurs qui mouillent le maillot, qui arrivent à l’heure et qui sont respectueux.

t ©: Si tu étais le premier responsable de ce sport en Guinée avec d'énormes moyens financiers, par où commencerait tu?

K.Z : Bâtir des stades, mettre en place 3 ou 4 terrains synthétiques et mettre á la disposition de chaque club un centre de formation. C’est la base pour un jeune footballeur. Moi j’ai eu la chance de passer par un centre de formation et je sais combien cela m’a rapporté. Car si je suis là aujourd’hui c’est aussi grâce à tout ce que j’ai appris au centre de formation. Comme nous n’avons pas de centre de formation, ce sont les agents Ivoiriens qui viennent en Guinée prendre des joueurs pour les emmener à Abidjan. C’est dommage que nous ne puissions pas faire cela nous même. Isto Keira (NDLR : Ministre des sports d’alors) nous a parlé une fois de la volonté de la Guinée d’organiser la CAN. Mais comment penses tu organiser un championnat africain si tu n’a pas un seul stade qui répond aux normes.

©: Selon toi quel coach doit-il prendre en charge l’équipe nationale?

K.Z : Selon mes dernières informations, il y a des rumeurs selon lesquelles ils vont faire appel à quelqu’un qui connait déjà la maison. Mais si c’est moi qui devait décider, je prendrais Robert Nouzaret. Il y a des gens qui racontent qu’il était la pour son propre compte et qu’il vendait des joueurs. Mais au fait, c'est grâce à lui que des jeunes guinéens arrivent à trouver des clubs en Europe. Moi je ne vois pas de problème. Je ne sais pas s’il le faisait, mais si c’était le cas, c’était bénéfique pour le pays. Malheureusement, il a eu des différends avec les dirigeants et avec la première défaite au Burkina on parlait déjà de son éventuel limogeage.

©: Quel a été la raison principale de la non qualification de la Guinée à la récente CAN?

K.Z : C’est l’organisation. En l’espace de six mois, on a changé trois fois d’entraineurs. Et à tout moment, il y avait des différends entre le staff et les dirigeants. Dans le groupe aussi, il y avait pas toujours le sérieux. C’est pourquoi, on a besoin d’un entraineur qui inspire le respect et qui reste au dessus du groupe.

t ©: Beaucoup d'observateurs disent que les footballeurs guinéens manquent d’ambition, qu’en penses tu?

K.Z : Moi je pense personnellement que j’ai été solide dans la tête et j’ai des ambitions que j’essaye de concrétiser. Quand je suis arrivé en Suisse, je gagnais plus qu'à Lens. Alors je me suis dis, qu’il faudrait que je fasse mieux si je quittais le club. Il faudrait que je me batte encore plus, car j’étais sûr que je méritais encore mieux. Ce que je reproche aux autres, c’est que, s’ils arrivent dans un club, c’est vrai qu’il y a aussi une question de chance mais..., et qu'ils gagnent par exemple 10.000 euros alors pour eux c’est suffisant. Ils ne fournissent plus d’effort pour aller encore de l’avant. Dix mille euros (10.000 euros) c’est sont des millions en Guinée. Si tout se passe bien et que mes projets se réalisent comme je le veux, j’ouvrirais un centre de formation en Guinée.

©: Quelles sont tes ambitions personnelles ? Dans quel club veux tu jouer dans 5 ans?

K.Z : Cinq ans c’est encore loin, car les choses peuvent parfois vite évoluer. Même pendant le dernier mercato, j’ai faillis quitter le club. Il y avait deux grand clubs Tottenham et West Ham qui étaient intéressés, mais Hull City a demandé beaucoup d’argents. Mais je ne baisse pas le bras. J’étais blessé ces derniers temps, mais je travaille très dur pour revenir au meilleur de ma forme et pouvoir bien finir le championnat, après on verra bien au mois de juin. Mais si tout se passe bien je me vois bien dans un club encore plus grand que Hull City. Si j’arrivais à jouer dans les grands clubs comme Manchester United, Arsenal ou Chelsea je crois que c’est serait aussi une fierté pour tous les guinéens.

Zayatte et Hull City jouerons t-ils la saison prochaine en Premiere League?

K.Z : Le championnat est très serré. On vient de perdre notre dernier match mais nos concurrents ont aussi tous perdu. Entre nous et le 13eme il n y a que trois points, donc si on arrive à gagner deux matchs de suite et que ceux qui sont derrière perdent un match je pense qu’on pourra sauver la saison. C’est sera comme la dernière saison suspens jusqu'à la dernière minute.

Parlant de la Première League quel est le joueur contre lequel tu as joué qui t’a le plus impressionné ? Et pourquoi?

K.Z : C’est Wayne Rooney. Pour moi c’est le meilleur attaquant du monde en ce moment. C’est un joueur complet, il attaque, il défend, il donne des coups quand il faut. Il est le seul attaquant que tu vois courir pendant 90 minutes et qui vient donner un coup de main à son défenseur.

Quelle est l’équipe qui t’a également le plus impressionné?

K.Z : Arsenal. Ce sont des jeunes comme moi qui n’ont pas peur et ne sont pas emprisonnés dans des schémas tactiques et techniques trop rugueux. Quand tu vois Arsenal jouer c’est comme le Barca, leur mouvement, les passes, bref il n’ont pas peur du ballon. Leur point faible, ils développent du beau football mais ils n’arrivent pas à gagner des trophées. C’est aussi la reproche faite par les supporteurs à Arsene Wenger.

Comme dernière question, comment arrives tu à gérer la pression de la Premiere League mais aussi celle de l'Equipe Nationale?

K.Z :C’est grâce à ma famille. J’ai la chance d’avoir à la maison une famille qui me fais oublier que parfois ça se passe mal à l’entrainement ou pendant les matchs. Donc quand je rentre á la maison, je vois ma famille ou quand j’appelle mes parents en Guinée j’oublie tout. C’est cela ma chance et je les remercie beaucoup pour cela.

Guineefoot ©

2010-03-04 08:52:05.61
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